Rétablir l’autorité politique

Depuis plusieurs années, les citoyens ont largement l’occasion de se plaindre d’un manque d’efficacité de l’autorité politique. On pourrait même parler d’absence dans certains cas, de démission dans d’autres. Tout porte à croire que l’Etat et ses instances ne désirent plus assumer leurs fonctions. D’où provient ce phénomène et comment y remédier ?

Il est souvent très sage de commencer par se remémorer les tâches de l’autorité politique. L’Etat a pour mission fondamentale et essentielle d’assurer la sécurité des personnes qui vivent dans son territoire et dans sa juridiction. Il détient de ce fait le monopole de la “violence légitime”; il est seul habilité à faire usage de la force pour faire respecter l’ordre. Au fil des évolutions et de la conceptualisation de la notion d’Etat, les fonctions de l’autorité se sont étendues à d’autres domaines qui nécessitaient un cadre, des règles, un arbitrage : échanges commerciaux, travaux publics, mœurs, code civil, droit des obligations, etc.

Il faut se demander pourquoi les dirigeants et finalement les citoyens ont fait appel à davantage de prérogatives étatiques sur des domaines pourtant privés. La réponse est assez simple : garantir l’ordre. Dès lors qu’il existe une communauté, il devient indispensable de se doter d’une autorité, quelle qu’elle soit. Dans le cas contraire, c’est rapidement le chaos, la chienlit. Il suffit de prendre l’exemple d’une société locale ou d’une association. Les membres sont demandeurs de règles, de processus, d’une conduite claire et cohérente. Des récentes études ont démontré du reste que la principale cause des conflits au travail est l’incohérence du management.

En politique, les citoyens – accessoirement contribuables fort dociles – s’attendent donc à être conduits. Ils attendent légitimement de l’autorité politique qu’elle assume son rôle… d’autorité; c’est-à-dire qu’elle applique les règles qui ont été décidées, qu’elle punisse ceux qui les transgressent, qu’elle prenne des décisions, qu’elle agisse dans l’intérêt de la communauté. On est hélas bien loin aujourd’hui de cette description idyllique. Les autorités vivent dans une peur chronique, une crainte persistante de vexer, en particulier les minorités, voire les minorités des minorités. Il faut bien admettre pour leur décharge que “l’opinion publique” véhiculée par les médias les pousse dans cette direction. Il faut éviter à tout prix le scandale, l’indignation, la vexation, le “faux pas” ou la bavure.

Ainsi, le criminel ou le délinquant sera chouchouté, alors qu’on reprochera à la victime son comportement normalement civilisé, considéré par son bourreau comme une provocation. Après les attentats de Charlie Hebdo, on décrétera que la plus grande menace pour la société, c’est l’islamophobie et non le terrorisme islamisme. Le coupable devient victime, car il a plein d’excuses, et la victime devient coupable, parce qu’elle n’a pas à se trouver là ou elle n’a pas à être ce qu’elle est. On se plie au premier lobby ultra-minoritaire venu, quitte à bouleverser la vie de l’écrasante majorité trop silencieuse. En définitive, la démocratie qui devait être la dictature de la majorité s’est métamorphosée en dictature de la minorité.

Autre phénomène inquiétant : la déresponsabilisation. Non seulement, la société est aujourd’hui conçue pour amener vers la déresponsabilisation des individus, devenus de simples et déracinés consommateurs, mais en plus, les autorités ne sont plus capables d’assumer de quelconques responsabilités vis-à-vis de leurs électeurs. La plupart des élus sont aisément promis à de nombreuses réélections. Pas besoin donc de se faire du mouron pour sa place ! On a donc vu par exemple des municipalités violer la loi et des règlementations communales sans rien risquer sur le plan pénal. La belle vie.

Il est donc plus que temps de rétablir l’ordre par la renaissance d’une autorité politique forte. La population ne peut plus supporter l’impuissance et la passivité de l’Etat sur les questions les plus importantes. Valeurs civilisationnelles, mœurs, vie civile, sécurité, propreté, protection de la propriété privée, instruction publique, immigration, pouvoir d’achat, identité; autant de thèmes qui ont vu les autorités – fédérales, cantonales ou communales – purement et simplement démissionner.

Premièrement, il faut redonner du pouvoir aux autorités. Au niveau fédéral, l’Etat doit s’affranchir des contraintes contre nature qu’il s’est imposé vis-à-vis de l’Union européenne. Les cantons doivent récupérer des compétences qui leur étaient propres à la naissance de l’Etat fédéral. En fin les communes doivent pouvoir bénéficier de davantage de compétences, notamment en matière de sécurité, de fiscalité et d’aménagement du territoire. Par cette liberté de manœuvre retrouvée, nos autorités seront en mesure de remplir leur mission d’ordre de manière plus efficace et souveraine.

Deuxièmement, il faut injecter de l’argent là où c’est vraiment nécessaire et prioritaire. Arroser à tout-va est une politique clientéliste que ne mène qu’à la faillite financière et à la ruine politique des élus en place. Les tâches régaliennes doivent pouvoir être financées sans difficulté.

Dernièrement, il faut encourager l’usage des outils de démocratie directe, véritable bénédiction qui touche notre pays et nos cantons. Alors que la démocratie parlementaire (représentative) n’est principalement qu’au service des lobbys, la démocratie directe donne le dernier mot à la majorité – et non plus aux minorités médiatiquement trop visibles. Il est ainsi possible aux autorités de suivre un cap qui est régulièrement donnée par les électeurs souverains.

Par ces quelques points, il est déjà possible de changer les choses. La politique est surtout une affaire d’humains. Ces sont le caractère et les compétences des personnes qui font la plupart du temps la différence. Tâchons d’élire des candidats réellement démocrates et soucieux d’un retour à l’ordre, d’un retour de l’Etat-arbitre, dur mais juste.