Le paradoxe de l’aménagement du territoire

En tant que municipal en charge de l’aménagement du territoire, on a l’opportunité de côtoyer au plus près les réflexions et enjeux qui impactent de plein fouet le développement de notre commune, région, canton et nation. Plus nous allons de l’avant, avec la découverte des dossiers et des planifications territoriales, plus il apparaît évident que nous évoluons dans un contexte totalement paradoxal.

Le peuple suisse, en 2014, a adopté la révision de la Loi fédérale sur l’aménagement du territoire, la fameuse LAT. Cette loi impose aux autorités compétentes de redimensionner leurs surfaces constructibles pour répondre aux besoins pour les 15 prochaines années. En clair, les localités ne peuvent pratiquement plus s’étendre géographiquement et la densification doit être appliquée à l’intérieur du territoire bâti, en priorité dans les centres, le plus près possible des dessertes de transports publics, en particulier des gares. La déclaration d’amour pour la beauté de notre paysage ainsi que la sympathie naturelle à l’endroit du monde agricole ont constitué le principal argument qui a motivé les électeurs à confirmer la révision de cette loi. A raison. Mais gare aux conséquences concrètes sur le terrain.

En parallèle, dans les communes, les autorités font avancer des projets d’aménagements urbanistiques, notamment situés dans les centres, avec la création de nouveaux logements et le développement de quartiers qualitatifs, comme il se doit. Bien souvent – de plus en plus ces derniers temps –, la population locale refuse de voir jaillir du sol de nouveaux quartiers. De récents exemples, comme à Vevey, ont montré une importante mobilisation de citoyens contre des projets de plans d’affectation, mettant en cause une trop forte densification et surtout une insupportable atteinte à la qualité de vie des autochtones. En résumé, pour préserver notre territoire et son paysage, on accepte une densification des localités, mais si possible pas à proximité de son domicile.

Il faut bien dire que la densification, expression travaillée pour signifier en réalité augmentation de population (voire surpopulation), comporte des conséquences peu anodines : réduction de la propriété, atteinte à la vue, génération de trafic voire de bruit, augmentation des charges publiques, potentielle hausse des incivilités, hausse des loyers. En définitive, elle représente une véritable métamorphose des localités par un changement pur et simple de nature. Les villages deviennent des bourgades, les bourgades des villes, les villes des agglomérations métropolitaines. Il est donc parfaitement compréhensible que les habitants qui ont choisi un domicile en fonction de la nature de la localité craignent de voir s’effectuer des changements majeurs irréversibles.

Comment donc résoudre ce paradoxe ? Il convient d’examiner les causes de ce bouleversement urbanistique, un sujet devenu tabou à cause du politiquement correct découlant du glissement à gauche de l’ensemble du monde politique : la démographie. Chaque année, la Suisse doit loger l’équivalent de deux fois la ville de Fribourg en habitants supplémentaires. Pour le canton de Vaud, cette absorption correspond à la ville de Gland (11’000 habitants). Ce n’est pas avec le taux actuel de fécondité de 1,54 enfant par femme (2016) que l’on parvient à ces chiffres. Ils sont issus d’une immigration devenue clairement massive depuis plusieurs années.

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». Cette citation célèbre de Bossuet illustre parfaitement le paradoxe multiple qui préside à notre politique d’aménagement territorial. La classe politique progressiste actuelle ne jure que par l’immigration, qui implique la densification nécessaire à la préservation du paysage scellée dans la LAT. La population, elle, tient à son paysage et à sa qualité de vie. Lorsqu’elle s’exprime, elle s’oppose à l’immigration massive (initiative UDC acceptée le 9 février 2014 mais non appliquée par les Chambres fédérales) et à une trop forte densification (nombreux refus de projets de quartier).

Il est donc grand temps d’intégrer la gestion de l’immigration dans l’équation du développement territorial. Ainsi, les autorités planificatrices auront la pleine maîtrise du destin de leur territoire. Il est également nécessaire de leur laisser les marges de manœuvre indispensables pour penser avantageusement leur développement, même extramuros si nécessaire. Quant aux Jeunes Verts et à leur initiative « contre le mitage », ils doivent comprendre qu’il n’est pas possible d’accueillir indéfiniment de nouveaux habitants tout en bloquant définitivement toute possibilité aux communes de se développer. Un non vigoureux s’impose le 10 février prochain.