Les territoires et leur autonomie

Alors que certaines mouvances au sein de notre civilisation aspirent à méticuleusement déconstruire les fondations de nos démocraties par une centralisation à peine dissimulée, il est de bon ton de rappeler le sens de l’autonomie politique et ses vertus pour les citoyens qui en bénéficient.

En Suisse comme dans pratiquement tous les Etats du monde, le premier niveau d’autonomie politique réside dans les communes. Depuis la nuit des temps, on a considéré qu’au-delà du cercle familial, une communauté plus large devait s’organiser pour survivre et prospérer. Aujourd’hui, la commune offre une autonomie à ses citoyens, qui sont dès lors en mesure d’élire leurs autorités communales et de se prononcer par voie de démocratie directe sur les principaux enjeux locaux : fiscalité, aménagement du territoire (quoique maintenant avec la LAT…), police, voirie, déchets, écoles, œuvres sociales, culture, etc. Bref, les traits les plus concrets de ce qui influe sur la qualité de vie.

Cette autonomie communale, dont le périmètre peut varier d’un canton à l’autre, est garantie par les cantons, qui eux sont les détenteurs premiers de la souveraineté politique de la Suisse. Petites républiques, les cantons disposent encore de quelques compétences importantes clairement définies dans la constitution fédérale.

La clé d’un bon fonctionnement d’une démocratie saine, c’est la compréhension que les citoyens sont avant tout les citoyens d’un TERRITOIRE, riche en coutumes et en traditions, empreint d’une histoire qui lui est propre, peut-être même d’une langue ou d’un dialecte, d’une spiritualité. Raisonner en mosaïque, c’est percevoir la beauté d’un ensemble diversifié, cimenté autour de valeurs communes. La Suisse est sans nul doute la plus réussie de ces œuvres. Elle a su respecter les différences et instaurer la recherche perpétuelle de l’équilibre, par une ingénieuse répartition des compétences politiques entre Confédération, cantons et communes, garantissant ainsi leur autonomie à toutes les instances du pays.

Une menace plane néanmoins sur ce bel édifice. Une force centralisatrice œuvre plus ou moins discrètement. La stratégie est toujours la même : on s’attaque d’abord aux plus petits. Les communes sont depuis plusieurs décennies les cibles de ceux qui veulent concentrer les pouvoirs. On mettra volontiers en avant des arguments de rationalisation et d’optimisation des ressources publiques. Pourquoi donc maintenir des micro-communes, devenues presque incapables d’assurer leur mission auprès de leurs administrés ? La vraie question demeure : pourquoi ces communes peinent-elles à accomplir leurs devoirs ? La sur-réglementation étatique, qu’elle soit cantonale ou fédérale, décourage plus d’un exécutif. Petit-à-petit, les cantons prennent le contrôle des prérogatives communales, tout en maintenant, voire accroissant les dépenses à charge des communes qui y sont liées. Parfait pour asphyxier les communes et les contraindre à la fusion, voire le plus souvent, à l’absorption par de plus grandes voisines.

La solution ? Plus d’autonomie ! En redonnant des prérogatives aux communes, ainsi que les moyens liés et la maîtrise réelle de leur budget, nous renforcerons l’autonomie municipale. Alors il y aura suffisamment de candidats prêts à donner de leur temps à la chose publique. Alors les communes pourront s’organiser plus librement et accomplir, avec tout le bon sens qui leur est propre, leurs tâches en faveur des citoyens.

Le phénomène est identique à l’échelon supérieur. Les cantons se démènent pour conserver des compétences politiques. Au fur et à mesure des révisions constitutionnelles et des légiférations fédérales, c’est à petits pas que notre Etat fédéral se renforce. Certains sont même allés jusqu’à promouvoir l’abolition des cantons et par conséquent du Conseil des Etats ! Mais heureusement la démocratie directe subsiste ou du moins tente de subsister.

La survie de notre démocratie n’est pas une thématique anodine, mais une réalité de plus en plus flagrante. La plus grosse menace vient de Bruxelles. L’Union européenne porte l’étendard de cette centralisation acharnée, de la standardisation des personnes et de l’uniformisation des normes autour de valeurs technocratiques. L’UE ne raisonne pas en mosaïque, seulement en termes de marchés, de consommateurs ou d’emplois. Cet aguillage institutionnel ne tient pas compte des territoires qui composent le continent européen ; pis, il tend à les détruire, un par un.

Nous devons dès à présent défendre une vision de la démocratie fondée sur les autonomies territoriales, qui elles seules peuvent garantir durablement le droit d’autodétermination des citoyens. Pas question de se soumettre à une autorité supérieure non élue et qui ne cherche qu’à imposer une doctrine. Ce genre de régime ne tient jamais très longtemps. Face à cet impérialisme européiste, rappelons-nous que dans les ruines de Pompéi, après le déluge de feu et de cendres et après l’usure des siècles, subsistent encore aujourd’hui… les plus belles mosaïques.