Le syndic et l’écolo

Bien qu’il démontre l’état de désœuvrement de la presse ces jours-ci, le brouhaha médiatique généré par la fameuse « affaire » du syndic de Noville – dont la municipalité a refusé d’autoriser le déroulement d’une manifestation d’intégristes écologistes – présente surtout une parabole tout à fait symptomatique du nouveau clivage qui touche de plein fouet nos sociétés occidentales démocratiques. Sans le vouloir, les protagonistes de ce bien piteux feuilleton représentent de manière quasi caricaturale les deux blocs idéologiques qui aujourd’hui s’affrontent presque irrémédiablement.

Dans un camp, il y a un syndic d’une petite commune vaudoise. Membre de la municipalité depuis 26 ans, militaire de milice pendant 44 ans, actif dans de multiples associations, il a fait de l’engagement en faveur de la collectivité un véritable de mode de vie. Il a été élu, à plusieurs reprises, et a prêté serment de garantir l’ordre et la tranquillité publics. Les promesses sont sacrées. Il assume au quotidien des responsabilités publiques et reste au contact direct de la réalité du terrain : il traite des doléances, résout des problèmes, travaille pour la qualité de vie de ses concitoyens. Pour ce syndic d’une commune agricole et maraîchère, c’est avant tout le bon sens qui doit avoir la priorité en matière de politique.

Dans l’autre camp, il y a des agitateurs écologistes, membres d’une élite de bureau, à la mentalité urbaine et consumériste. Ici ne règnent que le dogme, le cynisme et la quête d’une parcelle de visibilité – médiatique – pour faire vivoter un mouvement de quelques militants verts. Tout est bon pour faire parler de soi, même organiser des marches contre des forages inexistants. Ces écologistes ne rendent de comptes à personnes ; ils ne sont responsables de rien, ils n’ont pas été élus. Ils parlent, mais ne font rien de constructif. Sur fond d’une pensée marxiste et avec l’appui d’une justice technocratique, ils considèrent que le moindre groupe d’intérêt peut « exiger », « revendiquer », tel un enfant gâté à qui l’on n’ose rien refuser.

Malheureusement pour ces groupuscules, une municipalité a eu l’outrecuidance de dire non ; non à la tenue d’une « marche pacifique et joyeuse » le dimanche de la fête des mères, dont le tracé prévoyait l’emprunt de la route cantonale pour atteindre le site d’un ancien forage exploratoire situé sur la commune de Noville. En bons enfants-rois, ces activistes ont appelé à la rescousse leurs meilleurs alliés, les médias, afin de condamner comme il se doit cet infâme syndic-dictateur foulant de manière éhontée les Droits de l’Homme. La polémique a été rondement menée. Il a juste été oublié de mentionner que la loi interdit toute manifestation sur une route cantonale, que la gendarmerie avait délivré un préavis négatif et que les communes voisines de Rennaz et de Villeneuve avaient également refusé d’accorder une telle autorisation de manifestation. Les communes ne font qu’appliquer la loi, pour la sécurité de tous.

Deux mondes s’entrechoquent : celui des adultes, responsables et bienveillants, et celui des enfants, gâtés, rêveurs et susceptibles. Susceptibles ? Oui, dans le monde de bisounours préconisé par cette élite bienpensante, pas question de s’écarter du politiquement correct ambiant ! On ne doit vexer personne : les mots sont adoucis, les notes sont supprimées à l’école, on est tous égaux, ou devrait-on dire, identiques. On peut dès lors imaginer le tollé lorsque le syndic de Noville a simplement manié un peu d’ironie dans sa correspondance avec ses interlocuteurs sur cette affaire ; largement de quoi donner du job à un Grand Conseil désœuvré, permettre au Conseil d’Etat de jouer la vierge effarouchée et solliciter l’aide du Tribunal administratif en vue du traitement en recours de ce refus d’autorisation. Une affaire d’Etat : les trois pouvoirs sont sur la brèche ! Bref, dans ce canton, il devient difficile de s’exprimer librement et pour une commune, de faire son travail.

Toute proportion gardée, cet événement – au départ très anodin – met en exergue le clivage profond qui est en train de séparer les sociétés occidentales en deux camps antagonistes. La sociologie politique de la Suisse a déjà démontré que le Röstigraben a laissé sa place à un clivage ville-campagne lors des votations. La dernière élection présidentielle autrichienne – qui voyait s’opposer un candidat souverainiste et un candidat écologiste – a clairement fait état d’une Autriche scindée entre sa capitale et le reste du pays. La prochaine élection présidentielle américaine promet de vifs affrontements entre deux visions de l’Amérique : la candidate aristocrate progressiste au discours rôdé et l’outsider au franc-parler déroutant, héraut des valeurs du rêve américain.

Ce combat a lieu sous nos yeux, tous les jours. La technocratie cantonale contre le pragmatisme des communes, le juridisme excessif contre le bon sens, les experts contre les élus, la complexification contre la logique, le pouvoir des médias contre la majorité silencieuse, la mondialisation et ses élites contre ceux qui en paient le prix, l’égalitarisme contre la nature, le virtuel contre le réel, le divertissement contre le spirituel, les partisans d’une société multiculturelle contre les défenseurs de l’Etat-nation et des traditions. Au travers de cette petite histoire se trame l’enjeu fondamental de notre civilisation qui se situe à la croisée des chemins : décadence ou salut ? En tant qu’UDC, notre choix est fait : nous sommes tous syndics.