Le vrai visage du non

Que l’on fût favorable ou non à l’initiative contre l’immigration de masse lancée par l’UDC, on doit admettre que le résultat de la votation populaire du 9 février est un révélateur universel et bienvenu. Les réactions suscitées par ce vote ont permis à tout à chacun de percevoir la vraie nature de plusieurs acteurs politiques et économiques impliqués dans ce débat.

On débutera par évoquer les perdants du scrutin, à commencer par la gauche. Une gauche qui a clairement raté l’un des principaux rendez-vous politiques de cette décennie en s’alignant sur les positions du grand capitalisme mondialisé. Le parti socialiste a prouvé une fois encore qu’il a abandonné la défense du travailleur au profit de la sauvegarde des intérêts privés de quelques bobos et néo-bourgeois fonctionnarisés. Les études post-électorales l’ont démontré depuis des années, les classes populaires ne votent plus pour le PS. Cette même gauche qui jadis avait lutté pour l’introduction du scrutin de représentation proportionnelle, pour l’élection du Conseil fédéral par le peuple, pour une extension de la démocratie partout où cela était possible; cette même gauche aujourd’hui demande par le biais de son président Christian Levrat de tout simplement revoter sur cette initiative. Une pareille mauvaise foi et un tel mépris de la démocratie directe révèle la vraie nature du socialisme : le contrôle des masses. La démocratie, c’est bien, à condition qu’elle aille dans sa direction… La gauche confirme également son statut d’idiot utile du capitalisme mondial. Qui s’est élevé contre le dumping salarial engendré par la libre circulation des personnes ? Contre la précarisation des conditions du travailleur suisse ? Contre la hausse des loyers ?

Autres perdants et non des moindres : le lobby Economiesuisse. Malgré les millions injectés dans une campagne apocalyptique, les lobbyistes ne sont pas parvenus à remporter le vote. Après l’annonce des résultats, la parade a commencé : catastrophe commerciale, crash financier, perte de croissance, isolement économique et diplomatique et autres invasions de sauterelles. Bref, un catalogue de cataclysmes que ferait passer le sort de Sodome et Gomorrhe pour un pique-nique de collégiens. A entendre les serviles représentants des milieux économiques, la fin du monde est imminente, autant en finir tout de suite. Beaux discours venant de la bouche des mêmes qui reprochaient à l’UDC de baser toutes ses campagnes sur la peur… On aura bien compris que la libre circulation chère à Economiesuisse et à leurs laquais du PLR est un concept extrêmement lucratif qu’il faut préserver à tout prix, même au détriment de l’intérêt national.

Terminons par les victimes bilatérales du vote des citoyens suisses. L’Union européenne n’avait évidemment pas envisagé une telle claque, particulièrement difficile à digérer qu’elle provient d’un pays non-membre, reconnu comme modèle de démocratie directe et dont il ne sera pas aisé d’imposer un nouveau vote. On se souvient du contournement du non français à la constitution européenne, du non hollandais, du non irlandais. Ces scrutins ont sans problème été éludés par l’Union européenne qui a malgré tout pu imposer son nouveau traité avec la complicité honteuse des chefs d’Etat désavoués par leur peuple. En réaction aux votations du 9 février, l’Union a immédiatement brandi les menaces de mesures de rétorsion, dont certaines ont été mises à exécution, notamment au travers du programme Erasmus. De nouveau, un vrai visage apparaît plus que jamais au grand jour. L’UE ne connaît que le langage de la force, de l’arrogance, de la coercition, de l’intimidation. Elle ne connaît ni la remise en question, ni la réflexion globale; elle raisonne et agit comme une brute, au mépris des valeurs démocratiques qu’elle prétend défendre.

Dans tout ça, la majorité des citoyens suisses a montré que la petite et humble Helvétie peut potentiellement devenir un symbole d’espoir pour tous les peuples européens soumis de force aux diktats d’une institution à destinée totalitaire et technocratique.